Benjamin Voisin : «La drague en mer, c’est quand même mieux»

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voisin.jpgEté 85, label Cannes 2020, François Ozon, beau récit qui s’ouvre et s’appuie sur le thème de la mort non sans décliner les motifs du récit initiatique en mode teen movie nostalgique. En tête de casting, deux comédiens à découvrir, Félix Lefèbvre et Benjamin Voisin. C’est avec ce dernier, qui joue David, le plus grand des deux, celui qui prend en quelque sorte les commandes de l’histoire, que j’ai convenu d’un rendez-vous. Non pas par téléphone mais par visioconférence, car pour une interview cash, il est impératif de se voir. C’est via Messenger sur Facebook qu’on arrive à improviser une manière de FaceTime sympathique. Les bons comédiens sont toujours cools. C’est en tout cas ce qu’il me démontre en quelques secondes. Je l’avertis que je ne filme pas notre face à face, il s’allume alors une cigarette (devrais-je l’écrire? peu importe) et m’avoue qu’après l’interview, il compte se manger un énorme et délicieux burger non loin de chez lui, à Paris.

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Comment es-tu arrivé sur Eté 85 ?

De la manière la plus classique. Par mon agent et à travers un casting. Un casting là aussi tout ce qu’il y a de plus classique. François Ozon m‘a vu trois fois. Il lui a fallu deux à trois semaines pour prendre sa décision. Le dernier essai, je l’ai fait avec l’autre comédien du film, Félix Lefebvre.

Pour certains, le personnage que tu joues, David, est un manipulateur. D’autres le voient comme une victime. Comment le définis-tu ?

Disons que je n’ai surtout pas cherché à le définir. Mais à l’élargir le plus possible, notamment au niveau des sous-entendus. Je le voulais un peu insolent. Il fallait aussi qu’on puisse comprendre son intimité. François Ozon m’a dit que 70% du film se fait au casting. Il m’a donné des impulsions de jeu. C’est moi qui crée tout le reste.

Qu’est-ce que le film t’a appris ?

Que draguer en mer, c’est quand même mieux. C’est plus compliqué mais c’est mieux. Et tellement plus original que la boîte de nuit. Pour cette scène avec Félix en mer, on a d’ailleurs fait une préparation plus poussée.

C’est tout ce que le film t’a appris ?

C’est déjà pas mal, la drague. Sinon, c’est vraiment bien de tourner avec un grand réalisateur, c’est agréable. Cela permet d’ouvrir le champ des possibles.

Tu as vu ses autres films ?

Oui. Ceux que je n’avais pas vus, je les ai visionnés durant le tournage. A mon sens, c’est important de le faire.

Auparavant, on t’avait vu dans l’excellente mini-série Fiertés, réalisée par Philippe Faucon, qui traite de l’homosexualité en France. Peut-on dire que c’est cette série qui t’a fait remarquer ?

Sans aucun doute. Grâce à sa diffusion sur Arte, elle a été énormément vue. Par un million de personnes, je crois.

Aujourd’hui, quel genre de production acceptes-tu ?

J’ai enfin le luxe de pouvoir choisir. On me propose un peu de tout et j’attends les bons rôles. En 2019, j’ai tourné dans quatre films. Ils devraient sortir à partir de 2021.

Et quand tu ne tournes pas, que fais-tu ?

Je vis. Je passe des journées à ne rien faire. Je visionne.

Dans une interview, j’ai lu qu’on te définissait comme une graine de star. Ce n’est pas un peu dangereux, avec le risque que cela te monte à la tête ?

Ce qui est complaisant, ou trop complaisant, je fais l’effort de ne pas le recevoir. J’ai surtout des potes qui me permettent de redescendre. De ne pas avoir les chevilles qui enflent. J’en vois qui démarrent à peine dans ce métier et oublient leurs potes d’avant.

Sans la pandémie et le confinement, on aurait sans doute découvert le film d’Ozon à Cannes, tout comme peut-être, je m’avance un peu, celui de Xavier Giannoli, Comédie humaine. Je suppose que les médias auraient alors beaucoup focalisé sur toi. Tu ne regrettes pas que tout ait été annulé, précisément à cause de ça ?

Le seul regret que j’ai, c’est le champagne. Les fêtes qui vont avec, les gens, l’effervescence. Je ne sais pas ce que cela aurait donné en termes d’accueil. Mais je suis quand même content que cela se passe ainsi. Même si les gens ont du mal à retourner dans les salles et que le film ne fait pas un score aussi fort que s’il était sorti dans un contexte normal, je sais qu’il aura une deuxième vie magnifique, via les sorties DVD et autres.

Je reviens un instant sur le film de Giannoli que j’ai mentionné avant, Comédie humaine, qui est adapté de Balzac. Tu y joues Lucien de Rubempré, héros balzacien emblématique. Comment as-tu abordé ce rôle ?

Avec le plus grand des bonheurs. Il a une telle palette d’émotions, plus de la naïveté, plus un sens poétique. Il y avait de grands écarts d’une scène à l’autre.

Tu as vu le film ?

Non, pas encore.

Es-tu quelqu’un de cinéphile ?

Je ne peux pas le dire, non. Je suis davantage musique et livres que films, même s’il m’arrive d’en consommer plusieurs à la suite.

Et entre cinéma et théâtre ?

J’ai une technicité au théâtre. Au cinéma, il faut simplement être. Les acteurs veulent souvent garder le contrôle, ce qui n’est pas si évident. Sinon, je n’aime pas trop me revoir. Si je regarde Eté 85, je vois David, mon personnage, et tout le plateau qu’il y a autour de nous, qui n’est évidemment pas à l’image.

Qu’est-ce que tu préfères dans Eté 85 ?

J’aime beaucoup le couple qu’on forme avec Félix. Il y a une véritable alchimie entre nous. Je pense que tout le monde peut s’identifier.

Et qu’est-ce que tu aimes le moins dans le film ?

Les scènes de bateau, je dirais. J’aurais aimé les préparer encore davantage.

A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit du Genevois Thibaud Agoston, humoriste de stand up dont le spectacle, Homme moderne, cartonne partout où il passe, entre Suisse et France. Sa question : Préfères-tu être confiné toute ta vie au même endroit ou être obligé de te rendre chaque jour dans un nouvel endroit ?

Aucun doute sur ma réponse. J’ai un tempérament nomade. Donc j’aime bouger. Et je ne trouve pas sain de rester toujours au même endroit.

Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

Est-ce que tu es vraiment heureux ? Et réponds-y sérieusement.

photo 2: Nicolas Bellet

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