Nicolas Maury : «Plus c’est difficile et plus cela m’intéresse»

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Il est temps de retrouver de nouvelles interviews cash, rubrique mise en sourdine durant ces derniers mois, faute d’invités à rencontrer autrement que par Zoom ou Skype. Nicolas Maury, récemment venu à Genève, était un candidat idéal pour l’exercice. Auteur d’un excellent premier film, Garçon chiffon, enfin sorti après des mois d’attente, connu du grand public pour son rôle récurrent d’Hervé dans la série Dix pour-cent, il inaugure cette nouvelle saison avec un goût du paradoxe qui n’est pas pour me déplaire.

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Depuis quand portes-tu ce projet de film ?

Très longtemps. Depuis l’été 2011. L’idée est venue en moi en sentant naître un sentiment de jalousie. C’est ensuite en écoutant la chanson d’Anne Sylvestre, Ma chérie, qu’il s’est développé. J’avais besoin de déconstruire ce sentiment. Aujourd’hui, il est de bon ton d’affirmer qu’on n’est pas jaloux. Pourtant, elle est quand même toujours là lorsqu’il y a de la passion. Elle en dérive, je crois. Mais on a souvent le mauvais rôle quand on est passionné. Cela dit, c’est aussi un sentiment qui s’ébauche à deux.

Qu’est-ce qui te différencie du personnage principal, Jérémie, que tu incarnes ?

Tout me différencie de lui. Il a ma voix et ma peau mais ce n’est pas moi. Je comprends qu’il y a un paradoxe lorsque je réponds ça.

Cela ne rajoute pas une difficulté de se diriger soi-même ?

Si, mais lorsque c’est difficile, cela m’intéresse encore plus. Et puis nous sommes beaucoup à le faire. Après, si j’avais écrit ce film et pris un autre acteur pour le rôle, le résultat aurait-il été plus personnel ? Je l’ignore.

Tout le monde t’a-t-il fait confiance, côté casting ?

Comme moi je leur ai fait confiance. Le désir est partagé des deux côtés. Je ne filmerais jamais quelqu’un dont je n’ai pas le désir.

Pourquoi ton film s’appelle Garçon chiffon ?

Je ne pense pas que ce soit à moi de le dire. C’est comme si on demande à un auteur d’expliquer son poème. Si j’avais voulu l’expliquer, j’aurais mis un adjectif plus simple. Cette question, on me la pose souvent et elle m’emmerde. Garçon chiffon, c’est un vrai programme.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur, dans ce monde ?

La barbarie. L’absence de liberté d’expression. L’entreprise de lissage du monde dans tout. Ça me donne envie de réagir, de devenir tyrannique ou réac.

La notoriété que t’a apporté le personnage d’Hervé dans la série Dix pour-cent a-t-elle facilité le montage de ton film ?

Il a été écrit avant la série, et je ne pense pas qu’Hervé m’ait aidé. Alors oui, on me reconnaît dans la rue, même si la série est finie. Enfin, finie, ce n’est pas sûr. Il y aura un film de Dix pour-cent.

Donner son film au public, après de si longs mois d’attente, comporte-t-il une part d’angoisse ?

Il y a surtout une grande excitation à le laisser grandir. C’est le film qui va me regarder. A travers ses spectateurs.

As-tu récemment été déçu ?

Je ne sais pas quoi te répondre, là.

Qu’est-ce qui t’a bouleversé, dernièrement ?

Je suis facilement bouleversable. En ce moment, je suis assez sensible,en plus.  Mais ce n’est pas forcément lié aux infos ou à l’actu.

A présent, une question posée par mon précédent invité en 2020, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit du comédien Benjamin Voisin, révélé dans Eté 85 d’Ozon. Est-ce que tu es vraiment heureux ? Et réponds-y sérieusement.

Je suis heureux du chemin en train de se cheminer. J’avance sans courir et je viens de longs mois de caverne. Je suis heureux de n’avoir pas fait de mal à mon âme.

Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

Penses-tu qu’il est plus intéressant de voir les choses tragiquement ou comiquement ?

Lien permanent Catégories : Interviews cash 4 commentaires

Commentaires

  • Aie... La tragédie ou la comédie ?...
    Quand est-ce qu'on sortira de cet archaïsme qui n'a plus beaucoup de sens aujourd'hui.
    Nous savons dorénavant, grâce aux découvertes et expériences récentes, que le libre arbitre est une chimère, que Dieu a été tué au siècle dernier, et que l'humanité se dirige gentiment vers ses obsessions d'immortalité via le transhumanisme. Ces tendances sont irréversibles et on évoque encore ces ancêtres dans les arts.
    L'Histoire est riche d'enseignements, pour autant qu'on en fasse quelque chose. Là on se vautre dans le renoncement.

  • Il serait temps de relire Nietzsche et sa "Naissance de la tragédie" au lieu de faire des phrases, Pierre Jenni.

  • Ou de contempler l'objet qui a inspiré son profond effroi et son fabuleux désespoir:

    https://www.history.com/.image/t_share/MTYyMjc1OTE2Mzg5NTU4MDI4/locomotive-v-horse_promo_gettyimages-517443636.jpg

  • https://www.youtube.com/watch?v=ugJxJWtgAZY

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