Axelle Ropert: "Faire de la critique dessert quand on passe à la réalisation"

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ropert.jpg"Petite Solange", exquis portrait d'une douce et tendre adolescente en souffrance lorsque ses parents se séparent, a été très apprécié à Locarno et nous aurons bien évidemment l'occasion d'en reparler à sa sortie, notamment dans le print. Mais en attendant, on retrouve sa réalisatrice, Axelle Ropert, pour une interview cash où on a exclusivement parlé de cinéma.

Rares sont les cinéastes à être venu.e.s deux fois en compétition à Locarno. C'est ton cas. Espères-tu quelque chose?

Je n'espère jamais de prix, en tout cas. Je ne ferai jamais de films dans ce but. Cela donne des oeuvres qui ont l'air de courir après quelque chose. J'ai surtout envie qu'on reconnaisse ma mise en scène. Locarno est un festival que j'aime beaucoup, car on y parle de cinéma et le public inclut de nombreux spectateurs normaux, pas seulement des professionnels.

"Petite Solange" prend à contrepied les portraits d'ados qu'on voit généralement au cinéma aujourd'hui. Etait-ce ta volonté?

J'adore les ados rebelles au cinéma, par exemple dans les films de Brisseau. En revanche, j'en ai un peu marre de ce cinéma naturaliste où l'on voit des ados taiseux et frustrés. Je n'aime pas que les personnages des films ressemblent à des gens dans la vraie vie. J'ai besoin de caractères "bigger than life".

Penses-tu que ton passé de critique de cinéma t'ait aidé à réaliser des films?

Je faisais de la critique uniquement pour le plaisir. Pour "La Lettre du cinéma" et aux "Inrocks". Mais cela n'aide pas du tout, cela te charge surtout négativement. Surtout quand on est une femme. On m'a traitée de bas-bleu, il y avait une méfiance envers moi qu'il a fallu casser. 

Quel cinéma aimes-tu?

Je suis très cinéma classique hollywoodien, Hawks, Minnelli, Ford. Mais j'aime aussi la Nouvelle Vague. Et pour "Petite Solange", je me suis imprégnée de "L'Incompris" de Comencini.

Est-ce que comme beaucoup de gens, tu n'aimes pas trop le cinéma français?

Au contraire, je l'adore. Mais je sais qu'il est de bon ton d'en dire du mal. La seule chose qui me déplaît, ce sont les acteurs caractériels.

Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?

Retournez au cinéma. C'est l'art du XXIe siècle. Et il ne peut pas exister ni tenir sans public.

A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit du cinéaste tessinois Niccolò Castelli. Est-ce qu'il t'est déjà arrivé, par exemple dans un festival, d'être la seule à aimer un film contre l'avis de tout le monde? Et as-tu osé l'avouer?

Alors oui, mais ce n'était pas dans un festival. Ou plutôt, je n'y étais pas présente. Pendant Cannes, le film de Ferrara sur DSK, "Welcome to New York", avait été présenté en marge de toutes les sections, créant l'événement en parallèle. Et tout le monde l'avait descendu. Alors que moi, je le trouve admirable. Pas du tout putassier comme on l'a prétendu.

Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

Est-ce que tu peux me décrire un mouvement de caméra ou une scène que tu as adoré dans un film récent?

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