Germinal Roaux: "Je ne fais pas des films pour être aimé"

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roaux.jpgC'est objectivement l'un des grands réalisateurs suisses de ces dernières années. Il l'a notamment prouvé en deux fictions, "Left Foot Right Foot" et "Fortuna", des films de poète en prise avec l'air du temps, propositions de cinéma à la fois radicales et sensibles. Un peu et même indiscutablement comme lui, forcément. En allant à une autre interview, j'ai croisé Germinal Roaux à une terrasse. Et lui ai tout de suite demandé s'il était ok pour une interview cash. Elle a finalement eu lieu le jour de son anniversaire, mais c'est anecdotique. Je l'ai assuré qu'il ne serait pas filmé, il déteste ça - et en même temps, je ne filme aucune interview. Dans plusieurs questions, nous avons dévié sur des points très intimes que j'ai préféré ne pas conserver au final. L'homme est entier, et surtout tout entier dans son art. Et le fait de savoir qu'il va tourner bientôt est l'une des bonnes nouvelles de cette année. 

Que fais-tu à Locarno?

Je suis venu pour différents rendez-vous avec mes productrices de Close Up Films, notamment avec l'OFC. 

Pour ton prochain film?

Oui, qui se tournera au Mexique. Là, tout est bouclé, on a une super coproduction avec les Mexicains, le même producteur que "Roma" de Cuaron, et aussi avec la France. On aurait dû tourner ce printemps, mais comme tu peux le supposer, ce ne fut pas possible. Cette fois, on espère tourner au printemps 2022.

Après Cab et Vega, tu seras donc produit par une autre société.

Oui, Joëlle Bertossa de Close Up Films avait envie de travailler avec moi depuis longtemps. Elle est venue me chercher, et ça a bien matché entre nous.

Tu as souvent été honoré, récompensé, amené à collaborer avec des gens importants qui ont fait appel à toi. Comment parviens-tu à garder la tête froide?

Ce sont des cadeaux et j'en suis conscient. J'ai beaucoup de respect pour les gens qui font des films. A travers mon travail, j'essaye surtout de chercher une vérité. D'affronter aussi les grandes questions existentielles.

Il y a deux ans, j'avais fait ici même une interview cash avec le comédien de ton premier film, Nahuel Perez Biscayart, qui m'avait dit qu'il n'aimait pas les interviews filmées. C'est ton cas aussi, je crois.

Oui, si tu étais venu avec une caméra, j'aurais annulé. Etre filmé m'angoisse. Aller sur une scène, c'est pareil. Si je peux éviter totalement de monter sur une scène et d'être vu, cela me rassure. J'aimerais avoir cette liberté-là, du moins.

Un peu comme Terrence Malick, qui ne se montre jamais.

Oui, c'est ça.

Comment perçois-tu alors l'effervescence des festivals et de tous ces rendez-vous mondains qui gravitent autour?

C'est ce qui me plaît le moins. Je ne fais pas des films pour être aimé. Et j'accepte de ne pas être aimé.

Parviens-tu toujours à mener de front tes activités de photographe et de cinéaste?

Pas avec autant d'intensité que je voudrais. Je suis quelqu'un d'assez timide, même si on ne le dirait pas. La photo me permet de faire des portraits de gens que j'aime bien. Exemple au printemps dernier avec Gus Van Sant, lorsqu'il est venu à l'Elysée.

A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit de Bertrand Mandico. En fait, sa question est double. Son premier volet: Pourquoi fais-tu du cinéma?

Parce que je crois au pouvoir de la poésie.

Le deuxième volet de sa question: Est-ce que tu penses qu'un film peut être hanté par un vrai fantôme?

Je ne sais pas, mais je sais que dans la vie, des réalisateurs peuvent être hantés par des fantômes, certainement. Je suis d'ailleurs un grand mystique.

Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

Est-ce que l'art peut changer le monde?

 

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