Maud Wyler: "J'adore Ramuz"

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wyler.jpgIl y a environ deux ans, j'avais déjà fait une interview cash avec Maud Wyler, à Genève. Elle est ainsi la première à revenir pour la deuxième fois dans la série. Cette fois à Locarno, où elle défend "La Place d'une autre", beau film en costumes sur le vol d'identité signé par Aurélia Georges. C'est donc au Tessin, à l'ombre d'une terrasse bien connue du festival du film, que je retrouve avec plaisir Maud Wyler, dont les origines suisses demeurent floues mais réelles.

Le rôle que tu tiens dans "La Place d'une autre" est particulièrement cruel. Cette jeune femme qui se fait voler son identité, c'est assez terrible. T'es tu demandé ce que tu ferais dans pareil cas?

A chaque scène suffit sa peine, ai-je envie de te répondre. Ce qui veut dire que j'ai changé plusieurs fois d'avis sur cette question. Mon point de vue est en somme assez mobile. Je serais passée de la colère à une rage plus violente. Là, elle devient sa propre justicière. Avant le film, j'ai fait de très longs essais. Jusqu'à trouver une forme de résistance. 

Aurais-tu aimé tenir l'autre rôle du film, celui de Lyna Khoudri, qui te vole ton identité?

J'aurais surtout aimé savoir comment elle arrive à incarner le mensonge. Elle s'enferme dedans, littéralement. 

Qu'est-ce qui t'a le plus plu dans ce rôle?

Toute son évolution. Je suis en général naïve dans ma façon d'entrer dans les films. Là, chaque scène représentait une épreuve qu'il fallait traverser de manière organique. Pour bien m'y préparer, j'ai fait une sorte de frise avec les différentes émotions qu'elle vit. Ce qui est très pratique lorsqu'on tourne dans le désordre, comme c'est toujours le cas.

Et ce qui t'a le moins plu?

La scène de la confrontation entre les deux femmes au temple. Je ne savais pas comment la faire, je ne voyais pas le chemin, ni comment atteindre ma partenaire. 

As-tu lu le roman de Wilkie Collins dont le film est tiré?

Non, et je ne suis pas très feuilleton à la base. C'est un roman d'abord paru en feuilleton dans la presse du XIXe siècle.

Quels types de romans aimes-tu?

Je leur préfère les correspondances, les journaux intimes. Mais j'adore aussi Ramuz, par exemple. Je comprends parfaitement sa pensée à travers ses textes. 

La dernière fois qu'on s'était vus, tu hésitais à faire des recherches sur tes origines suisses. As-tu avancé depuis?

Non, j'ai peur. J'ai un blocage qui vient de mon grand-père maternel. C'est lui qui s'appelle Wyler, justement. J'aurais l'impression d'ouvrir une boîte de Pandore.

Il y a trois semaines, on s'est brièvement croisés au Festival de Cannes, devant la Malmaison, siège de la Quinzaine des réalisateurs. Qu'allais-tu y faire?

Je suis la marraine de la Quinzaine en actions, qui facilite l'accès à la culture et à l'éducation à l'image. J'allais faire des lectures de scénarios. 

Tu as aussi monté les marches?

Oui, j'avais été invitée à la soirée Chopard par Léa Seydoux, qui finalement n'est pas venue à Cannes. Mais le gap était immense entre le tapis rouge et ce pour quoi j'étais venue à Cannes. Je crois que je me suis perdue sur le tapis rouge.

A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit du cinéaste Germinal Roaux. Est-ce que l'art peut changer le monde?

Je dis oui, mais je fais exprès d'être un peu naïve. L'art peut modifier des individualités et ainsi changer le monde. Et en plus, cela passe souvent par les images.

Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

Est-ce que tu m'aimes?

J'espère qu'il ou elle saura qui tu es.

Si ce n'est pas le cas, il ou elle fera l'effort de chercher.

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