Lyon est devenue la capitale de la cinéphilie pour la 13e année

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Retour de Lyon, il y a quelques jours déjà. Retour de Lyon, avec des images, des films, des souvenirs, des rencontres, des aventures plein la tête. C’est que le Festival Lumière ne se réduit pas. De toutes les manifestations patrimoniales, il est celui (ou l’un de ceux) où toutes les cinéphilies sont susceptibles de se brasser, de se (re)distribuer, de se parcourir les unes et les autres. Gloutonnerie ou dégustation, le geste est le même. Forte de ses 145'000 spectateurs, cette 13e édition aura su rassembler. 110'000 billets ont été édités pour un total de 450 séances.

Le pari de Thierry Frémaux, délégué général de Cannes et directeur de l’Institut Lumière, a une fois de plus été gagné. De la projection en ouverture du «Cameraman» de Buster Keaton à la présentation de la copie restaurée de «La Leçon de piano» de Jane Campion, lauréate vendredi 15 octobre du Prix Lumière 2021 (photo ci-dessus), le cinéma aura risqué le grand écart, l’overdose et la découverte. Avec comme corollaire un problème de choix qui se pose fatalement lorsqu’on confronte ainsi sa cinéphilie. Pour ma part, de manière purement subjective, j’avais privilégié la rareté, les films introuvables ou jamais vus. Lesquels ne se retrouvent jamais sélectionnés ici par hasard.

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Exemple avec «Meurtre à Montmartre», l’un des rares Gilles Grangier qui m’étaient obscurs, et qui se trouvait en bonne place d’une rétrospective dédiée au cinéaste sous l’appellation «Du cinéma populaire». Drame crépusculaire sorti en 1957, ce film, qui ne fait pas tache dans une filmographie solide, souvent virile (il a dirigé douze fois Jean Gabin, ceci aidant à situer cela) et toujours carrée, met en scène deux escrocs sans scrupules qui paraissent d’abord s’opposer : Michel Auclair et Paul Frankeur (photo). L’un comme l’autre se retrouvent embringués dans une affaire de faux tableaux et dans une machination diabolique qui va se retourner contre eux. D’un scénario sans temps mort, constamment méchant, voire cruel, Grangier tire un film noir marqué par le sceau de l’infamie, avec en prime une Annie Girardot à ses presque débuts qui n’est pas en reste dans cette ignominieuse galerie. Loin d’être pliée en quelques séquences, l’affaire joue au contraire sur les rebondissements avec une certaine volupté jouissive pour l’époque.

Quelques muets parsemaient allègrement le programme. C’est le cas du «Roi du cirque» (photo) de Max Linder, son ultime film (cosigné par Edouard Emile Violet) avant son suicide en 1925. Longtemps tenu pour perdu (comme l’écrit encore sa page Wikipédia), ou ne survivant que dans des fragments de copies détériorées, le film revient de très loin, soit de plus de dix ans de restauration à partir d’une douzaine d’éléments retrouvés de par le monde. Sans le génie ni la folie des débuts, Linder y cavalcade entre deux mondes, le réel et celui du cirque. Le film a été projeté en première mondiale à Pordenone puis à Lyon.

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Tout aussi rares, les muets de Julien Duvivier forment la partie immergée d’une filmographie prolifique. Un coffret dédié à tous ceux qui ont été tournés de 1926 à 1930, soit neuf long-métrages, doit paraître en décembre, ce qui comblera d’immenses lacunes. En attendant, «La Divine Croisière», réalisé en 1929, en offrait un avant-goût plus que savoureux. Comme la plupart des muets de la fin, celui-ci y cultive un art, une science des gros plans absolument sidérante, jusqu’à sublimer une intrigue sans cela tout ce qu’il y a de plus banale. Enfin, au registre des raretés, personne n’avait encore vu «Villa Falconieri», cosigné par Richard Oswald et Giulio Antamoro en 1928, année de grâce du muet, qui se déroule autour de l’un de ces lieux éthérés et abstraits propres à magnifier des actrices, ex-dive ou stars en devenir. Ici Eva Gray et surtout Maria Jacobini, dont le célèbre sourire n’apparaît qu’à l’ultime plan du film, ce qui bien sûr avait un sens pour le spectateur de l’époque.

Mais le Festival Lumière sert aussi de révélateur pour des noms inconnus. Ce fut le cas cette années de la cinéaste Kinuyo Tanaka, dont on connaissait (un peu) le talent d’actrice pour l’avoir vue chez Ozu, Naruse ou Mizoguchi. En six films, dont l’étonnant «Nuit des femmes», mélo dans le milieu de la prostitution dont la noirceur le dispute à une sorte de positivisme féminin tout à fait curieux, le voile a été levé sur une œuvre dont on ne sait stricto sensu rien. Des sorties françaises sont prévues pour début 2022. Quid d’ailleurs ? On l’ignore. Mais Lyon ne s’arrête jamais.

En plus de tout cela, l’intégrale Jane Campion, y inclus le sublime «The Power of the Dog», que Netflix diffusera en décembre et qui sera visible en salle à Genève, une rétrospective Sydney Pollack, quelques grands classiques du noir et blanc, la trilogie «Internal Affairs», les 50 ans de la Blaxploitation, le cinéma d’horreur japonais, des films en rapport avec les invités du festival (des dizaines, comme chaque année), dont Bulle Ogier, Marco Bellocchio, Paolo Sorrentino, Edouard Baer, le musicien Philippe Sarde, des avant-premières, des trésors et curiosités, des documentaires sur le cinéma, de grandes projections, un marché du film classique où la Suisse était à l’honneur, une nuit «Jurassic Park», les titres de Lumière Classics et un vaste hommage à Bertrand Tavernier, le menu, des plus copieux, avait comme chaque année de quoi repaître tous les appétits. Ajoutons à cela un sens de l’accueil comme il y en a peu dans les festivals, et on aura une petite idée de ce à quoi ressemble le Festival Lumière. Rendez-vous en 2022 pour la quatorzième édition.

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