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  • Dans "Un illustre inconnu", un réel fragmenté puis diffracté

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    inconnu.jpgL'homme - Mathieu Kassovitz - est seul, le regard vide, et fixe son reflet dans une glace. Il ne fait pas que ça. Il arrache également un masque (en latex) qui lui recouvrait partiellement le visage. Devant lui, une table sur laquelle sont posés différents objets en rapport avec le maquillage ou son processus inverse. Les cheveux de Kassovitz sont presque aussi gris que son costume. L'éclairage est sombre, peu accueillant, et bute sur les boiseries de la paroi qui n'aident guère à diffuser la lumière. C'est évidemment l'effet géométrique qui frappe dans ce plan. Il résulte de la juxtaposition de plusieurs miroirs, au moins deux, qui démultiplient, diffractent ou fragmentent les reflets selon l'angle de prise de vues. Kassovitz apparaît ainsi deux fois. Dans la partie gauche, illusion oblige, il est coupé en deux. On peut s'amuser à isoler le coin en haut à gauche, délimité par les bordures du miroir, de façon à ne voir que les yeux de Kassovitz trouer l'écran, mais cette fois dans son bord droit. Cela induit presque un plan dans le plan, une image dans l'image respectant même les proportions du format choisi.

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    Peu spectaculaire, ce plan d'Un illustre inconnu résume bien le film de Matthieu Delaporte, qui y traite des thèmes du double (clairement exposé dans cette image) et de l'identité. Il suggère aussi une mise en scène plus monacale que dans moult productions françaises. Le leitmotiv fantastique - le latex qu'on ôte du visage - renvoie indirectement à quelques classiques, tels Le Testament du Docteur Cordelier de Renoir ou Les Yeux sans visage de Franju. Par prétérition, on peut en déduire qu'Un illustre inconnu n'appartient à aucun genre en propre et que peut-être, il n'entretient aucun lien social avec le monde tel qu'on le connaît. Le visionnement du film confirme effectivement tout cela.

    Un illustre inconnu est actuellement à l'affiche en salles.

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  • Dans "Mercuriales", même le temps a l'air suspendu

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    mercuriales.jpgDeux jeunes filles au centre de l'image. Perchées sur le toit d'un immeuble ou d'une tour. La ville (Paris et sa proche banlieue) s'étend à perte de vue. Le ciel, bleu gris, occupe la moitié du plan. Il écrase à son tour le paysage qui se trouve en dessous. Le plan a l'air du reste coupé en deux. De manière presque artificielle. La tour à droite, en amorce, et la ville à gauche. Soit deux blocs qui s'opposent et qui, réunis, s'opposent également au firmament neutre qui les enveloppe. Tout est duel ici. Y compris les personnages. Elles sont deux, portent des couleurs "féminines", du rose clair pour la première, de l'orange pour la seconde. De l'orange qui tranche au coeur de cette composition et vient lui donner une sorte d'impulsion hasardeuse. Enfin, rien ne permet ici de dater vraiment le temps de la fiction, ni de situer celle-ci géographiquement.

    Pour le savoir, il faut visionner Mercuriales. On y comprend vite l'affection de son auteur, Virgil Vernier, pour deux immeubles de bureaux situés à Bagnolet et érigés en 1975. On les appelle les tours de Bagnolet (image ci-dessous des deux tours hors du film). Plus encore, on y découvre vite l'attrait du réalisateur pour la parole et pour des situations décalées. Il y a du Rivette dans son cinéma, quelque chose de Cassavetes également. Mais surtout quelque chose d'unique qui lui permet de se délester de toute référence pour imposer sa vision, singulière et parfois étrange. Mercuriales a reçu le Reflet d'or du meilleur long-métrage au dernier Festival tous Ecrans. De ce Virgil, nous reparlerons certainement.

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    Mercuriales est actuellement à l'affiche au Cinéma Spoutnik.

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  • Le paradoxe de Fermi est-il toujours d'actualité?

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    fermi.jpgIl y a quelques jours, je publiais un billet consacré à l'étrange son capté par le robot Philae, dans le cadre de la mission Rosetta, sur la comète 67P (lire ici). Même s'il y a peu de chances (ou de risques) qu'il émane d'une civilisation extraterrestre présente ou passée, il réveille en nous, indirectement, ce fantasme du contact avec des aliens et de la preuve de leur existence quelque part (c'est-à-dire dans un espace et un temps probablement lointains). Cette annonce nous ramène également à une série d'interrogations qu'on nomme le paradoxe de Fermi. Le 20 mai 1950, au cours d'un déjeuner, le physicien italien Enrico Fermi, lors d'une discussion à propos des extraterrestres, s'exclamait à peu près en ces termes: "S'il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc?"

    Pour certains, le paradoxe résulte d'un anthropocentrisme qui empêche de répondre à la question. D'autres l'ont reformulé, de manière à ouvrir le débat. Notre terre étant plus jeune que l'univers d'environ un milliard d'années, on peut alors supposer qu'au moins une civilisation extraterrestre de la galaxie, si tant est qu'elle existe ou ait existé, ait développé et entrepris une colonisation interstellaire, laquelle nécessiterait (et c'est prouvé) uniquement quelques millions d'années. Dans ce cas, nous devrions pouvoir observer des traces de cette civilisation. Mais nous n'en voyons pas. Ni traces ni signaux radio (ou autres) qui attesteraient d'une manifestation extraterrestre. Emprunté à la revue Sciences & Vie, le tableau ci-dessus fait à peu près le tour des réponses possibles au paradoxe de Fermi et chaque hypothèse émise pourrait être matière à débat.

    La célèbre équation de l'astronome Frank Drake, formulée en 1961, et que voici

                     N = R^{*} ~ times ~ f_{p} ~ times ~ n_{e} ~ times ~ f_{l} ~ times ~ f_{i} ~ times ~ f_{c} ~ times ~ L

    permet quant à elle de conclure que notre civilisation est probablement la seule de la galaxie. Je détaillerai cette formule, apparemment aride sans explications, dans un prochain billet. Cela étant, certaines des hypothèses et réponses au paradoxe de Fermi introduisent à une notion qu'on appelle Grand Filtre, concept introduit par un économiste américain, Robin Hanson, en 1996. Pour le comprendre, il faut rappeler une succession d'étapes nécessaires à l'existence d'une civilisation avancée.

    Soit la formation d'une planète à bonne distance d'une étoile de taille moyenne (telle notre soleil), l'apparition d'une molécule capable de se reproduire, la formation des premières cellules (procaryotes) puis le développement de cellules complexes (eucaryotes), l'apparition de la reproduction sexuée puis de systèmes multicellulaires, et enfin l'évolution de la pensée et de l'intelligence conduisant au développement technologique. C'est l'étape à laquelle l'humanité se trouve en ce moment. La suivante serait l'expansion vers les autres étoiles et la colonisation de la galaxie.

    La notion de Grand Filtre se trouve soit au niveau de cette dernière étape, soit dans nos étapes passées. Dans le second cas, cela signifierait que l'une ou l'autre de celles-ci sont très improbables et que la Terre est un modèle rare, voire unique, dans la galaxie. Dans le premier cas, cela pourrait vouloir dire que quelque chose (mais quoi?) va tôt ou tard s'avérer être un obstacle insurmontable à l'expansion galactique. En d'autres termes, si nous n'avons jamais observé le moindre signe de l'existence d'une vie extraterrestre, c'est peut-être parce que quelque chose bloque dans le processus aboutissant au voyage dans l'espace. Il va sans dire que la découverte d'un signal émanant d'une quelconque civilisation extraterrestre viendrait infirmer avec effet immédiat le paradoxe de Fermi.

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