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  • Quand Mike Nichols débutait, face à une Liz Taylor déchaînée

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    whos-afraid-of-virginia-woolf.jpgElizabeth Taylor vociférant devant un Richard Burton indifférent, possiblement exaspéré. Un couple mythique qui se déchire devant la caméra. Celui qui a mis en scène ce plan nous a quittés mercredi. Mike Nichols avait 83 ans et Qui a peur de Virginia Woolf? (Who's Afraid of Virginia Woolf?), réalisé en 1966, d'après la célèbre pièce homonyme d'Edward Albee, marquait ses débuts au cinéma. L'année suivante, il signera Le Lauréat (The Graduate), qui lui assurera gloire et honneurs. Mais revenons à ce premier film, projet totalement casse-gueule sur lequel n'importe quel tâcheron se serait brisé les dents et grillé définitivement aux yeux de la profession. Pas Mike Nichols. Il assure, comme on dit. Devant sa caméra, il doit diriger deux monstres sacrés en crise. Voilà qui tombe à pic, les deux personnages de la pièce/du film passent leur temps à se déchirer et à avaler whisky sur whisky.

    Scène de ménage en huis-clos, Qui a peur de Virginia Woolf? est sans doute, avec Reflets dans un oeil d'or de Huston et les deux Losey tournés en 1968, Boom! et Cérémonie secrète, l'un des derniers grands rôles de Liz Taylor. Démente, surréelle, géniale, elle abolit les frontières entre réalité et fiction, comme si l'écran devenait le miroir grossissant de ses démons intérieurs. Elle obtient du reste l'Oscar pour ce rôle. Logique! En face d'elle, il faut imaginer ce cinéaste débutant, certes déjà connu pour ses mises en scène de théâtre, mais sans doute un peu gauche, peut-être impressionné par tout ce qui se joue devant lui. Il n'en paraîtra jamais rien. C'est en 2007 qu'il a signé son ultime film, La Guerre selon Charlie Wilson (Charlie Wilson's War). Une histoire de conflit, là encore. RIP.

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  • Quand les TPG n'existaient pas

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    tramway.jpgGenève il y a cent ans. Peut-être un peu plus. Entre 1908 et 1910 selon différentes sources. Les grandes lignes de la Place Bel-Air (ou Place du Bel-Air comme on peut le lire en bas) sont déjà là. Les tramways également. On en voit deux. Mais ils sont bien vides. Du moins sur cette carte postale colorisée selon les pratiques de l'époque. Oui, les trams sont vides. Tout juste aperçoit-on deux ou trois silhouettes à l'avant et à l'arrière. Dans la rue, il y a un peu plus de monde. On pourrait même aisément compter les badauds qui déambulent, visiblement sans se presser. D'automobiles, il n'y en a pas. Même au loin. Pourtant, elles existaient déjà. Mais rares sont ceux qui en possédaient. S'en portait-on mieux? Impossible à dire. Cette image d'un temps que ni vous ni moi n'avons connu conserve une part irréductible de mystère, au fond. Qu'y a-t-il sous les arbres au deuxième plan de l'image? Je ne sais pas trop. J'ignore également quel était le prix du ticket (de tramway) à cette époque-là. Si un historien du vieux Genève passe dans le coin, merci de m'aider à combler cette lacune.

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  • La mise en scène du regard dans "Une nouvelle amie"

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    amie.jpgUne femme et un homme. On reconnaît aisément Anaïs Demoustier et Raphaël Personnaz. Deux des meilleurs comédiens français actuels, soit dit en passant, mais là n'est pas le sujet de ce billet. Assis sur un canapé brun clair, ils fixent un point hors-champ. D'évidence, ils forment un couple. Rien ne l'indique, mais on peut le sentir à travers différentes nuances. La proximité de leurs corps, qui ne se touchent pas mais presque, un je-ne-sais-quoi dans l'attitude, l'alliance au doigt de Personnaz, et une sorte de symétrie des personnages que vient souligner cette harmonie discrète dans les couleurs de leurs vêtements.

    Ce couple n'est en revanche pas connoté socialement ou culturellement. Il ne fait pas bobo, ni petit bourgeois, ni artiste, ni affairiste, ni rien du tout d'approchant, mais affiche une neutralité qu'on retrouve du reste dans toute l'image. Couleurs plutôt ternes, mobilier sans cachet, objets sans réelle fonction, à peine voit-on le verre de vin rouge que Personnaz tient dans ses mains.

    En bas à droite, on aperçoit le genou de quelqu'un. C'est ce quelqu'un que les deux personnages fixent. Fixent et écoutent, le son hors-champ étant parfois aussi capital que l'image. Ils sont attentifs, elle vaguement interdite, lui un peu étonné. Encore que... La vision d'Une nouvelle amie d'Ozon nous apprend rapidement de quoi il en retourne, via son personnage central, incarné par un Romain Duris découvrant, suite au décès de sa jeune épouse, son désir de se travestir en femme. Le hors-champ suggéré par cette image est donc en rapport avec cette thématique de l'inversion, qui n'a pourtant ici rien de sexuel.

    Intelligemment, François Ozon a choisi de ne montrer aucune photo de Duris en femme dans sa promotion. Ni l'affiche ni les sites officiels ne dévoilent cet aspect du personnage, et c'est tant mieux, le véritable sujet du film étant in fine le regard de l'autre, des autres. Dans le cinéma d'Ozon, où il est fréquemment question de mise en scène du regard, cette image prend alors tout son sens.

    Une nouvelle amie est actuellement à l'affiche en salles.

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