Cinéma - Page 2

  • Agathe Bonitzer: "Le cinéma s'arrêtera peut-être un jour mais il y aura toujours des films"

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    bonitzer.jpgElle tourne depuis l'âge de six ans. Des films de son père, Pascal Bonitzer, ou de sa mère, Sophie Fillières, à ceux de Jacques Doillon, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Jeanne Labrune ou Guillaume Nicloux, sa filmographie reflète un parcours très arty. Au printemps dernier, j'avais prévu de faire une interview cash d'Agathe Bonitzer à Genève, lorsqu'elle était venue pour la promo des "Enfants d'Isadora". Mais ça ne s'est pas fait, pour des questions de planning. Sa présence à Locarno au sein du jury des Cinéastes du présent me donnait l'occasion de me rattraper.

    On s'était ratés à Genève, où tu étais venue faire la promo des "Enfants d'Isadora" de Damien Manivel. En fait, on s'était croisés dans les bureaux de Sister Distribution. As-tu des attaches avec la Suisse?

    Non, j'étais juste allée présenter le film à Genève, Lausanne, Neuchâtel, Vevey. J'étais très contente de passer cette semaine en Suisse. On y respirait alors mieux qu'en France. Les terrasses étaient à nouveau ouvertes, les magasins un peu aussi.

    Lorsqu'on parcourt ta filmographie, on réalise qu'elle est très cohérente, et quelque part sans concessions. Te reflète-t-elle entièrement?

    Je n'en ai aucune idée. Je ne fais pas de choix de carrière. Ce sont tous des films qu'on m'a proposés et qui pour la plupart, voyagent beaucoup dans les festivals. Dans la majorité des cas, je passe des essais. Et si l'écriture ne m'intéresse pas, je refuse le rôle. Mais c'est assez rare.

    Peux-tu défendre tous tes films?

    Oui, j'assume tout ce que j'ai fait. Même ceux où ça se passe moins bien.

    Tu es la fille du cinéaste et scénariste Pascal Bonitzer et de la cinéaste Sophie Fillières. Mais on ne te reproche jamais, contrairement à d'autres, d'être une fille de... Comment l'expliques-tu?

    C'est parce que mes parents sont moins connus. Ce n'est pas comme Laura Smet, qui est la fille de deux stars. Les gens ne savent pas forcément qui est ma mère, par exemple.

    Cela te facilite quand même les choses, non?

    Un peu, forcément. Disons que c'est plus dur pour quelqu'un qui vient de province, qui ne connaît personne et n'a pas beaucoup d'argent. Aujourd'hui, ce qui a changé, c'est que pas mal de réalisateurs font leur casting sur les réseaux sociaux.

    Toi-même, sur quels réseaux es-tu?

    Aucun. J'ai un fake sur Instagram et c'est très énervant, car les gens m'ajoutent en pensant que c'est moi. J'ai demandé qu'on le supprime mais je n'ai pas de réponse.

    As-tu peur que le cinéma s'arrête un jour, que ce soit pour toi ou pour le monde?

    Les deux. Mais je ne pense pas qu'il s'arrêtera. Du moins pas de mon vivant. Avec le développement des plateformes et tout ce qui est en train de se passer, j'ai bien peur qu'il s'arrête un jour. Cela dit, il y aura toujours des films.

    Tu es jurée au festival. C'est un rôle qui te plaît?

    Oui, et je l'ai fait beaucoup de fois. J'aime bien, surtout dans un cadre comme celui de Locarno. En plus, nous sommes trois, les délibérations ne seront pas trop longues.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la productrice Marie-Pierre Macia, qui officie dans un autre jury à Locarno. Sa question: Est-ce que tu connais Panos H. Koutras?

    Non, je ne le connais pas.

    C'est un cinéaste grec. Essaie de chercher ses films et des infos sur lui (ndla: je lui écris son nom sur un bout de papier).

    Ah, c'est marrant, je vais tourner en Grèce, là. Un film d'Angela Schanelec.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Si tu avais une baguette magique, où souhaiterais-tu aller, là, maintenant?

  • Marie-Pierre Macia: "Il y a quelques années, j'ai été approchée pour diriger Locarno"

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    macia.jpgAu sein de mes interviews cash, j'avais très envie d'interroger un producteur ou une productrice. Marie-Pierre Macia, qui a entre autres produit Béla Tarr, Lucrecia Martel, programmé le festival de San Francisco puis dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, était cette année au jury des Pardi di domani locarnais. L'occasion de la retrouver pour évoquer notre passion commune, le cinéma.

    De Béla Tarr à Lucrecia Martel, la plupart des films que tu as produits, même si je ne les ai pas tous vus, reflètent une cohérence éditoriale très forte. Faut-il du flair ou du goût pour faire ce métier comme tu le fais?

    Les deux. Le goût vient de l'expérience, des années, de la diversification des activités. J'ai fait mes débuts à la Cinémathèque française, avec Mary Meerson (ndla: collaboratrice de Henri Langlois, fondateur de l'institution). J'ai commencé là-bas avec un job d'étudiante. Mes goûts se sont ainsi peu à peu formés. Le flair, c'est pareil. En travaillant durant dix années à la programmation du Festival de San Francisco, il s'affine. Ce qui m'a permis de faire partie d'un milieu du cinéma très généreux. Le flair consiste aussi à aimer tel projet ou tel film. En cinq minutes, je suis généralement fixée.

    Pourrais-tu un jour produire un film plus commercial?

    J'aimerais bien, mais pas n'importe quoi non plus.

    Des grosses productions du type Gaumont?

    Non, celles-là, je serais bien incapable de les produire. En ce moment, je produis un cinéaste grec qui s'appelle Panos H. Koutras. Je ne sais pas si tu le connais. Son film sera un concentré loufoque du genre "The Party" de Blake Edwards. On va commencer le montage à Paris.

    De lui, j'avais vu "Xenia" à Cannes en 2014, qui était très bien.

    Tous ses films sont très bien, il faut tâcher de les voir.

    Quelle est ta définition de la production?

    60% de psychanalyse, 10% de babysitting, et les 30% restants pour le film. C'est marrant, parce que la productrice américaine Gale Anne Hurd, qui a quand même financé "Terminator", "Aliens le retour" ou "Armageddon", et qui est venue l'autre soir à Locarno, a raconté, dans une interview parue ici, qu'elle conseillait à tous les producteurs d'avoir un autre métier à côté. Je crois que c'est vrai à tous les échelons.

    Comment passe-t-on de la programmation d'un festival, ou d'une section parallèle cannoise comme la Quinzaine des réalisateurs, que tu as dirigée plusieurs années, à la production?

    Naturellement. Quand je vais dans des festivals, je retrouve mon côté boulimique de programmatrice. J'essaie de voir un maximum de films. C'est d'ailleurs Béla Tarr qui m'a poussée à faire de la production.

    Etre jurée dans un festival, c'est reposant?

    Non, mais c'est excitant.

    Il y a quelques années, des rumeurs affirmaient que tu avais postulé pour diriger le festival de Locarno. Qu'en est-il?

    On m'avait contacté et on me l'avait proposé. C'était après le départ d'Irene Bignardi. Mais à l'époque, mes parents étaient très malades et je ne voulais pas quitter la France. C'est pour ça que j'ai décliné.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la comédienne Maud Wyler, qui demande: Est-ce que tu m'aimes?

    Attends, je regarde si je la connais. (ndla: elle consulte son smartphone). Ah oui, je vois bien. Alors j'aimerais bien l'aimer mais je ne la connais pas suffisamment pour l'affirmer.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu connais Panos H. Koutras? Comme ça, si la personne ne le connaît pas, ce qui est probable, elle devra chercher qui il est et cela permettra de transmettre une information.

  • Maud Wyler: "J'adore Ramuz"

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    wyler.jpgIl y a environ deux ans, j'avais déjà fait une interview cash avec Maud Wyler, à Genève. Elle est ainsi la première à revenir pour la deuxième fois dans la série. Cette fois à Locarno, où elle défend "La Place d'une autre", beau film en costumes sur le vol d'identité signé par Aurélia Georges. C'est donc au Tessin, à l'ombre d'une terrasse bien connue du festival du film, que je retrouve avec plaisir Maud Wyler, dont les origines suisses demeurent floues mais réelles.

    Le rôle que tu tiens dans "La Place d'une autre" est particulièrement cruel. Cette jeune femme qui se fait voler son identité, c'est assez terrible. T'es tu demandé ce que tu ferais dans pareil cas?

    A chaque scène suffit sa peine, ai-je envie de te répondre. Ce qui veut dire que j'ai changé plusieurs fois d'avis sur cette question. Mon point de vue est en somme assez mobile. Je serais passée de la colère à une rage plus violente. Là, elle devient sa propre justicière. Avant le film, j'ai fait de très longs essais. Jusqu'à trouver une forme de résistance. 

    Aurais-tu aimé tenir l'autre rôle du film, celui de Lyna Khoudri, qui te vole ton identité?

    J'aurais surtout aimé savoir comment elle arrive à incarner le mensonge. Elle s'enferme dedans, littéralement. 

    Qu'est-ce qui t'a le plus plu dans ce rôle?

    Toute son évolution. Je suis en général naïve dans ma façon d'entrer dans les films. Là, chaque scène représentait une épreuve qu'il fallait traverser de manière organique. Pour bien m'y préparer, j'ai fait une sorte de frise avec les différentes émotions qu'elle vit. Ce qui est très pratique lorsqu'on tourne dans le désordre, comme c'est toujours le cas.

    Et ce qui t'a le moins plu?

    La scène de la confrontation entre les deux femmes au temple. Je ne savais pas comment la faire, je ne voyais pas le chemin, ni comment atteindre ma partenaire. 

    As-tu lu le roman de Wilkie Collins dont le film est tiré?

    Non, et je ne suis pas très feuilleton à la base. C'est un roman d'abord paru en feuilleton dans la presse du XIXe siècle.

    Quels types de romans aimes-tu?

    Je leur préfère les correspondances, les journaux intimes. Mais j'adore aussi Ramuz, par exemple. Je comprends parfaitement sa pensée à travers ses textes. 

    La dernière fois qu'on s'était vus, tu hésitais à faire des recherches sur tes origines suisses. As-tu avancé depuis?

    Non, j'ai peur. J'ai un blocage qui vient de mon grand-père maternel. C'est lui qui s'appelle Wyler, justement. J'aurais l'impression d'ouvrir une boîte de Pandore.

    Il y a trois semaines, on s'est brièvement croisés au Festival de Cannes, devant la Malmaison, siège de la Quinzaine des réalisateurs. Qu'allais-tu y faire?

    Je suis la marraine de la Quinzaine en actions, qui facilite l'accès à la culture et à l'éducation à l'image. J'allais faire des lectures de scénarios. 

    Tu as aussi monté les marches?

    Oui, j'avais été invitée à la soirée Chopard par Léa Seydoux, qui finalement n'est pas venue à Cannes. Mais le gap était immense entre le tapis rouge et ce pour quoi j'étais venue à Cannes. Je crois que je me suis perdue sur le tapis rouge.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit du cinéaste Germinal Roaux. Est-ce que l'art peut changer le monde?

    Je dis oui, mais je fais exprès d'être un peu naïve. L'art peut modifier des individualités et ainsi changer le monde. Et en plus, cela passe souvent par les images.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu m'aimes?

    J'espère qu'il ou elle saura qui tu es.

    Si ce n'est pas le cas, il ou elle fera l'effort de chercher.