Cinéma - Page 5

  • Niccolò Castelli: "Les cinéastes devraient chercher de nouveaux visages"

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    castelli.jpgCe jeudi matin, Niccolò Castelli a présenté "Atlas" à Locarno, dans la section Panorama suisse. Le film avait précédemment fait l'ouverture des journées du cinéma suisse de Soleure, mais en ligne et sur leur site. C'était quand même la première fois qu'une production tessinoise ouvrait le festival soleurois. Singulière, ambitieuse, équilibrée, cette réalisation dévoile comment une jeune femme passionnée de varape réapprend à se confronter au réel après une attaque terroriste qui a coûté la vie à trois de ses amis. C'est avec plaisir que je retrouve le cinéaste tessinois durant sa projection, dont il s'éclipse quelques minutes pour répondre à mes questions.

    Quelle sensation éprouves-tu dans le fait de présenter "Atlas" dans la région où tu es né et dans laquelle tu as grandi?

    C'est assez fort. Je suis né à Lugano, j'y ai grandi et j'y vis. J'ai l'impression de montrer à ceux qui vivent dans la région quelque chose que j'ai un peu vécu et qui a été tourné dans des lieux que je connais bien. Cela augmente à la fois le plaisir et la pression. A cela s'ajoute le fait que c'est la première fois que mon film est projeté sur un grand écran. Il a fait l'ouverture des Journées de Soleure, mais ce n'était pas en présentiel.

    Est-ce que cela te rend nerveux de le dévoiler ici?

    Quand j'ai vu la file d'attente en dehors du FEVI, oui. 

    A quoi correspond "Atlas", pour toi?

    Il fait référence à un passage de ma vie. Ce moment où j'ai compris que je pouvais être plus libre à condition de mieux communiquer avec les autres. C'est exactement ce qu'éprouve la protagoniste du film. Elle croit être libre mais réalise que la liberté, c'est autre chose. 

    Quand l'as-tu tourné?

    Une partie durant l'hiver 2018, l'autre en automne 2019. La post-production s'est faite pendant le Covid et avant Soleure. Le montage était presque fini en septembre 2020.

    Ton visage m'est familier, on a dû se croiser souvent ici. Depuis combien de temps viens-tu au festival?

    C'est ma 21e fois au Locarno Film Festival. En 2012, mon premier long-métrage, "Tutti giù", figurait en compétition aux Cinéastes du présent. Et oui, je te connaissais aussi de vue.

    Es-tu quelqu'un d'ambitieux?

    En un sens, oui, mais à présent, j'aurais très envie de faire un plus petit film afin que le processus de financement soit accéléré. Quelque chose avec moins d'acteurs, moins de lieux de tournage.

    Tu trouves aussi que les acteurs connus sont vraiment trop chers?

    Je n'ai de toute façon pas les productions pour des acteurs de cette catégorie. Je pense que tous les cinéastes, y compris moi-même, devraient faire des efforts et avoir le courage de trouver de nouveaux visages. 

    Penses-tu continuer ta carrière au Tessin?

    Le lieu est si particulier. C'est à la fois la Suisse et la Méditerranée. Ainsi qu'un lieu d'immigration. Au niveau carrière, je compte aussi travailler ailleurs en Europe. Je suis quelqu'un qui adore voyager et j'ai bien envie de connaître d'autres productions, d'élargir ma vision.

    Entre "Tutti giù" et "Atlas", il s'est écoulé presque dix ans. Même si tu as fait des tas d'autres choses dans l'intervalle, cela reste très long.

    C'est vrai que c'était très lent, presque frustrant. Avec davantage d'argent, cela aurait sans doute pris moins de temps.

    Tu as également des fonctions dans différentes commissions, non?

    Oui, je suis directeur de la Ticino Film Commission, je suis dans le comité de l'ARF (ndla: association des scénaristes, réalisateurs, producteurs auteurs et réalisateurs suisses de films et de scénarios) et dans celuis de Suissimage.

    Pourquoi toutes ces fonctions, dans le fond?

    Je donne toujours l'exemple de la voiture. J'aime la conduire mais également la construire. Et puis pour sortir de notre province, il est bon d'échanger avec le reste de la Suisse. J'ai foi dans notre culture nationale.

    "Atlas" sortira-t-il en salles?

    Normalement oui. Mais il y a tant de films en octobre, à la date que nous voulions choisir.

    Quelle serait en quelques mots ta principale qualité?

    J'arrive parfaitement à obtenir ce que je veux des personnes avec lesquelles je collabore.

    Et ton plus grand défaut?

    J'en ai plein. Mais je réponds en général trop vite. Je devrais parfois davantage réfléchir. 

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir à qui il s’adresserait. Il s'agit de Giona A. Nazzaro. Combien de fois tu changes de brosse à dents dans un mois?

    Je ne sais pas mais j'ai découvert récemment les brosses à dents écologiques. Elles sont en bois. J'en ai acheté beaucoup.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce qu'il t'est déjà arrivé, par exemple dans un festival, d'être le seul ou la seule à aimer un film contre l'avis de tout le monde? Et as-tu osé l'avouer?

     

  • Giona A. Nazzaro: "Seule la pluie me fait peur"

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    En toute logique, cette salve d'interviews cash locarnaises se devait de débuter avec son nouveau directeur, Giona A. Nazzaro. Qui a fait une tournée promo il y a quelques jours en Suisse romande. L'occasion de parler de cinéma, de cauchemars et de brosse à dents.

    En un mot, comment définirais-tu cette édition, la74e de Locarno et ta première en tant que directeur artistique?

    Joyeuse, engageante, libre et inclusive.

    De quoi as-tu le plus peur?

    De la pluie. Seulement de la pluie. Et j'aimerais que le public se sente protégé. Qu'il ait le sentiment de redécouvrir le cinéma.

    As-tu eu des échanges avec Lili Hinstin, qui a dirigé le festival juste avant toi, en 2019, puis lors de la mini-édition de 2020?

    On s'est salués lors d'un dîner au festival de Cannes. C'était très amical.

    Quels étaient jusque-là tes rapports avec Locarno?

    Une relation que peut avoir un cinéphile avec un festival de cinéma. Dans ma tête, c'est un festival idéal. On peut y vivre dans une bulle de bonheur cinéphilique sans aucune crainte.

    Entre Cannes et Locarno, qui affichent de grosses programmations et sont très rapprochés, le premier il y a deux semaines, le second dès le 1er septembre, tu n'as pas peur que Locarno soit écrasé?

    Non, car ce que nous cherchons est différent. Nous aurions pu aussi avoir une compétition de 25 films. Sauf que ceux que nous présentons sont tous des films dont nous sommes tombés amoureux. Pour les artistes, il est bon que les oeuvres puissent respirer. Nous, toi, moi, sommes des cinéphages. Mais en général pas le public. Il aime prendre le temps de digérer, de réfléchir entre les films.

    Quel est ton plus grand défaut?

    Je parle trop.

    As-tu un lien de parenté avec le chanteur Gianni Nazzaro?

    Non, aucun. Je crois que tu es le premier à me poser cette question. (ndla: quelques jours après cette interview, j'ai appris le décès de Gianni Nazzaro, le 27 juillet, à l'âge de 72 ans).

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit de Benjamin Lavernhe. Est-ce que tu penses que la vie est un rêve?

    Non. Je pense que la vie n'est pas un rêve du tout. Elle est au contraire hyper concrète. Et en ce qui me concerne, je ne fais que des cauchemars.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Combien de fois tu changes de brosse à dents dans un mois?

     

  • Benjamin Lavernhe : «Je fais ce métier pour le vertige»

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    Freinées par la pandémie – les artistes se déplacent moins, et les interroger par Zoom ou Skype n’a pas le même charme -, mes interviews cash avec tutoiements à la clé renaissent sporadiquement. Celle-ci a été réalisée environ quinze jours avant Cannes. Benjamin Lavernhe est venu présenter «Le Discours» à Genève et j’en ai profité pour le rencontrer. Et le film est toujours à l’affiche.

    Peut-on dire que «Le Discours» représente une étape dans ta carrière au cinéma ?

    C’est la première fois que je joue autant dans un film. Mais sinon, on ne sait jamais ce qu’un film va nous apporter. Il y a aussi des petits rôles qui marquent. Le paradoxe de ce personnage, c’est qu’il s’agit d’un type qui se plaint. J’ai adoré le faire.

    On te voit souvent jouer le meilleur pote du héros. Tu n’en as pas marre d’être un peu catalogué dans ce registre ?

    Tu penses à «Mon inconnue», je suppose ?

    Oui.

    Mais c’est un rôle magnifique. Je le voulais à tout prix. Ce qui compte, c’est ce qu’il y a à jouer. Porter un film, c’est gratifiant, c’est une confiance qui nous est donnée.

    As-tu un discours sur le cinéma ?

    Je pense des choses, j’ai des avis, mais aucune leçon à donner. J’ai aussi des inquiétudes. Les films sont fragiles, même en danger suivant lesquels. Donc si je devais faire un discours, ce serait sur la prise de risque qu’il y a à faire un film.

    Et sur le métier de comédien ?

    C’est un métier de rêve et de passion. Et pratiquer sa passion, il n’y a rien de plus merveilleux. C’est une question pénible car difficile, elle mériterait qu’on en parle toute une soirée. Avec deux verres dans le nez, je te dirais des choses moins banales. On me la pose souvent, en plus. Je pense que j’ai voulu devenir comédien avant d’apprendre à lire. Cela dit, je ne fais pas ça pour combler un vide, je ne suis pas en manque. Je fais aussi ça pour le vertige. C’est un métier agréablement dangereux.

    Tu trouves aussi que les journalistes te posent sans cesse les mêmes questions ?

    Ce n’est pas tout à fait vrai, je me surprends souvent à me confronter à des questions différentes. Avec toi, il y a un petit décalage suisse.

    Ah ?

    Non, je plaisante. Cela dit, trouver des questions singulières, ce n’est pas facile.

    A quels types de questions es-tu allergique ?

    Je ne suis pas fan des questions sur ma vie privée. Je n’aime pas trop qu’on soit intrusif.

    Refuses-tu plus de rôles qu’avant ?

    Oui, mais je lis pas mal de choses qui ne sont pas très bonnes. Les bons scénarios sont rares. Je refuse des belles daubes mais aussi des choses très correctes. Car mon vrai métier, c’est la scène. Au cinéma, je m’échappe. Lorsque je joue un rôle, je dois demander congé à la Comédie française, dont je suis sociétaire.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit de Nicolas Maury. Penses-tu qu’il est plus intéressant de voir les choses tragiquement ou comiquement ?

    Comiquement. C’est ça qui sauve le monde. J’aime les gens qui gardent le sourire. Ceux qui n’ont pas d’humour, c’est terrible.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu penses que la vie est un rêve ?

     

     

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