Retour sur images - Page 3

  • Germinal Roaux: "Je ne fais pas des films pour être aimé"

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    roaux.jpgC'est objectivement l'un des grands réalisateurs suisses de ces dernières années. Il l'a notamment prouvé en deux fictions, "Left Foot Right Foot" et "Fortuna", des films de poète en prise avec l'air du temps, propositions de cinéma à la fois radicales et sensibles. Un peu et même indiscutablement comme lui, forcément. En allant à une autre interview, j'ai croisé Germinal Roaux à une terrasse. Et lui ai tout de suite demandé s'il était ok pour une interview cash. Elle a finalement eu lieu le jour de son anniversaire, mais c'est anecdotique. Je l'ai assuré qu'il ne serait pas filmé, il déteste ça - et en même temps, je ne filme aucune interview. Dans plusieurs questions, nous avons dévié sur des points très intimes que j'ai préféré ne pas conserver au final. L'homme est entier, et surtout tout entier dans son art. Et le fait de savoir qu'il va tourner bientôt est l'une des bonnes nouvelles de cette année. 

    Que fais-tu à Locarno?

    Je suis venu pour différents rendez-vous avec mes productrices de Close Up Films, notamment avec l'OFC. 

    Pour ton prochain film?

    Oui, qui se tournera au Mexique. Là, tout est bouclé, on a une super coproduction avec les Mexicains, le même producteur que "Roma" de Cuaron, et aussi avec la France. On aurait dû tourner ce printemps, mais comme tu peux le supposer, ce ne fut pas possible. Cette fois, on espère tourner au printemps 2022.

    Après Cab et Vega, tu seras donc produit par une autre société.

    Oui, Joëlle Bertossa de Close Up Films avait envie de travailler avec moi depuis longtemps. Elle est venue me chercher, et ça a bien matché entre nous.

    Tu as souvent été honoré, récompensé, amené à collaborer avec des gens importants qui ont fait appel à toi. Comment parviens-tu à garder la tête froide?

    Ce sont des cadeaux et j'en suis conscient. J'ai beaucoup de respect pour les gens qui font des films. A travers mon travail, j'essaye surtout de chercher une vérité. D'affronter aussi les grandes questions existentielles.

    Il y a deux ans, j'avais fait ici même une interview cash avec le comédien de ton premier film, Nahuel Perez Biscayart, qui m'avait dit qu'il n'aimait pas les interviews filmées. C'est ton cas aussi, je crois.

    Oui, si tu étais venu avec une caméra, j'aurais annulé. Etre filmé m'angoisse. Aller sur une scène, c'est pareil. Si je peux éviter totalement de monter sur une scène et d'être vu, cela me rassure. J'aimerais avoir cette liberté-là, du moins.

    Un peu comme Terrence Malick, qui ne se montre jamais.

    Oui, c'est ça.

    Comment perçois-tu alors l'effervescence des festivals et de tous ces rendez-vous mondains qui gravitent autour?

    C'est ce qui me plaît le moins. Je ne fais pas des films pour être aimé. Et j'accepte de ne pas être aimé.

    Parviens-tu toujours à mener de front tes activités de photographe et de cinéaste?

    Pas avec autant d'intensité que je voudrais. Je suis quelqu'un d'assez timide, même si on ne le dirait pas. La photo me permet de faire des portraits de gens que j'aime bien. Exemple au printemps dernier avec Gus Van Sant, lorsqu'il est venu à l'Elysée.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit de Bertrand Mandico. En fait, sa question est double. Son premier volet: Pourquoi fais-tu du cinéma?

    Parce que je crois au pouvoir de la poésie.

    Le deuxième volet de sa question: Est-ce que tu penses qu'un film peut être hanté par un vrai fantôme?

    Je ne sais pas, mais je sais que dans la vie, des réalisateurs peuvent être hantés par des fantômes, certainement. Je suis d'ailleurs un grand mystique.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que l'art peut changer le monde?

     

  • Bertrand Mandico: "J'ai envie de créer une addiction avec mon film"

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    mandico2.jpgOn ressort de son film, "After Blue (Paradis sale)" (en compétition à Locarno), désarçonné, désorienté, mais aussi fasciné et séduit. Ensuite, on rame pour le résumer, avant de renoncer à une tâche impossible. Puis on se dit qu'on va tenter d'y voir plus clair en prenant rendez-vous avec lui. Bertrand Mandico est un homme adorable, drôle, sérieux et pragmatique. Et il sait où il va. A priori, tous les ingrédients sont là pour une solide interview cash. Au final, on a surtout parlé de cinéma et c'est tant mieux.

    Il y a une ambiguïté sur le titre de ton film. Il s'appelle "After Blue" ou "Paradis sale"?

    C'est un seul ensemble. Un titre, "After Blue", avec un sous-titre, "Paradis sale". Comme si "After Blue" appelait en somme à des suites, des déclinaisons.

    C'est aussi pour cela qu'il comporte un plan caché, d'ailleurs comme dans tous les Marvel, à la toute fin du générique de fin?

    C'était aussi le cas avec "Les Garçons sauvages". Pour moi, cela veut juste dire qu'un film doit aller jusqu'à la fin de son générique, que cela fait encore partie de l'oeuvre, que le métrage ne s'arrête que lorsque les lumières se rallument.

    Est-ce qu'il est facile de créer un monde sans hommes comme celui de ton film?

    Il suffit de prendre plein d'actrices. Plus sérieusement, au départ, tout était écrit comme un western. Et le western est plutôt un genre avec des hommes. Donc il m'a suffi d'inverser, et de mettre des femmes à la place, sans pour autant changer la structure et les dialogues.

    Un procédé quelque part inverse à celui des "Garçons sauvages".

    Oui, exactement.

    Pour obtenir une fiction aussi hors-norme et décalée, comment as-tu dirigé tes actrices?

    Tout d'abord en faisant un casting très long. Et particulier, puisque pour cela, j'écris des situations complexes qui ne se trouvent pas dans mon film. Les actrices doivent apprendre à mettre en bouche cet univers. Ensuite, je dois sentir que je peux me perdre en elles. Et puis je leur montre mes films. Celles qui n'aiment pas ou n'adhèrent pas quittent en général le bateau à ce stade. Ensuite, je leur rappelle que tout est écrit au millimètre. Dans mon film, les actrices n'avaient pas droit du tout à l'improvisation. J'aime aussi leur montrer les situations en les jouant devant elles. Enfin, je postsynchronise tout ensuite, ce qui me permet de tendre encore plus le jeu.

    Sans trop en dévoiler, on peut dire que dans le film, certaines des héroïnes veulent tuer une fille qui s'appelle Kate Bush. Quel est ton rapport avec la chanteuse?

    J'en suis fan. J'adore son univers musical. C'est un résidu de la culture pop. J'adorais avoir ce clin d'oeil.

    Où puises-tu pour imaginer l'univers qui se déploie dans "After Blue (Paradis sale)"?

    Je me nourris depuis longtemps de culture et de contre-culture. Et je continue à en consommer au quotidien. J'ai vraiment besoin de cette nourriture. J'ai de la peine à croire ces cinéastes qui disent ne rien regarder lorsqu'ils créent. Il y a du western et de l'heroic-fantasy dans mon film. Je ne peux pas donner une référence précise mais j'ai pioché un peu dans le "Satyricon" de Fellini, dans "Dark Crystal" de Jim Henson, et un peu chez Cocteau, Miyazaki, Mario Bava. Mais c'était un tournage très compliqué. Je dis souvent que ce film était mon petit "Apocalypse Now". Je suis vraiment passé par tous les états.

    Il a été tourné avant le Covid?

    Oui, et monté pendant le Covid.

    Es-tu conscient de toute la hype qu'il y a autour de toi?

    Je sais que "Les Garçons sauvages" a touché beaucoup de jeunes. Mais personnellement, je ne me sens pas très hype. Donc je ne suis pas très conscient de ça, pour répondre à ta question. Pour moi, chaque film est une remise en question.

    En 2012, tu avais créé un manifeste de l'incohérence. Tu le revendiques toujours?

    Disons que j'aime bien ne pas rester sur les mêmes rails. Je pense que mes films sont aussi des réponses au pragmatisme de l'époque. 

    Comment aimerais-tu que les gens réagissent à ton film?

    J'ai envie de créer une addiction. Qu'ils se sentent sonnés et aient envie d'y retourner. De créer un nouveau stupéfiant. Les films, j'aime les revoir. J'aimerais qu'on fasse de même avec celui-là.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit d'Aure Atika. Sa question: Est-ce que tu penses que tu vaux ce que tu vaux?

    Ah. Eh bien, comme je ne sais pas ce que je vaux, je ne peux pas y répondre.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    La même. Est-ce que tu penses que tu vaux ce que tu vaux? Pour voir s'il ou elle va s'en sortir.

    J'ai peur que cela tourne en rond...

    Tu as raison. Je vais en trouver une plus simple. Pourquoi tu fais du cinéma?

    Et si c'est quelqu'un hors-cinéma?

    Est-ce que tu penses qu'un film peut être hanté par un vrai fantôme?

     

  • Aure Atika: "J'ai une mémoire de poisson rouge"

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    atika.jpgComédienne solaire, rieuse et populaire depuis plusieurs films des années 90 - dont "La Vérité si je mens !" -, Aure Atika était à Locarno pour présenter "Rose" d'Aurélie Saada (lire la précédente interview) et accessoirement répondre à cette nouvelle interview cash ma foi fort sympathique.

    Comment as-tu été contactée pour ce rôle de Sarah dans "Rose"?

    De manière extrêmement classique. Aurélie Saada m'a appelée. Elle m'a fait lire le scénario, nous avons eu une lecture. Et le projet m'a parlé, comme le rôle.

    Les éventuels points communs que tu pouvais avoir avec ce personnage t'ont-ils aidé?

    Au moment où j'ai découvert le scénario, j'étais un peu dans le même état que Sarah. Un peu bloquée, dirais-je. Après, il y a comme toujours un travail d'acclimatation. Les comédiens et comédiennes doivent faire un cheminement. Je pense que les rôles permettent de se révéler à soi-même. Celui-là aussi.

    Assumes-tu tous les films que tu as tournés?

    Pas tous, non, et je ne suis pas toujours satisfaite de mon travail. J'essaie chaque fois en tout cas de donner le maximum. Il faut aussi prendre un peu de plaisir dans le travail.

    Gardes-tu des souvenirs de tous tes tournages?

    Non, j'ai une mémoire de poisson rouge. Et c'est valable pour tous les films, même lorsque tout se passe bien. Je me rappelle de certaines rencontres, de moments forts. De belles scènes à jouer. De "Rose", je me souviendrai forcément de tous les moments passés avec Françoise Fabian.

    Qu'est-ce qui t'énerve? Au cinéma ou dans la vie.

    Tellement de choses. Comme je suis quelqu'un d'impatiente, lorsque ça traîne sur un tournage alors que ça pourrait aller plus vite, cela m'agace. Les ingénieurs du son ont tendance à m'énerver. Dans la vie, je ne supporte pas le travail mal fait, ou l'excès de bruit. Les voyages en groupe, ce n'est pas du tout mon truc. Je suis quelqu'un d'assez solitaire.

    Es-tu une personne alarmiste?

    Pas énormément. Le monde va mal, certes, et on peut toujours mourir d'un instant à l'autre. Mais cela ne me fait pas plus peur que cela.

    Cela t'embête qu'on te pose toujours des questions sur "La Vérité si je mens"?

    Mais tu ne m'en as pas posée. 

    Sauf juste là, maintenant.

    Non, ça ne m'embête pas, c'est un film qui a compté dans mon parcours et qui a eu un succès énorme. A l'époque, je n'ai pas mesuré l'impact qu'il aurait. Mais on ne peut jamais savoir.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi.  Il s'agit de ta réalisatrice, Aurélie Saada, que je viens de rencontrer. Sa question: quelle est ton anti-héroïne préférée?

    Wow, je dois réfléchir, là. (ndla: un temps) C'est moi. Je le suis et je suis ma préférée.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu penses que tu vaux ce que tu vaux?