Retour sur images - Page 4

  • Thibaud Agoston : «Je suis un trublion»

    Imprimer Pin it!

    agoston.jpgFestivals annulés, déplacements limités. Pandémie et confinement ont eu raison de certains aspects de nos métiers. Sur mon blog, les interviews cash ont par la force des choses cessé de paraître ces derniers mois. Mais je me suis dit qu’il était temps de les reprendre, sous une forme plus ouverte, quitte parfois à utiliser les outils de la visioconférence. Pour l’humoriste Thibaud Agoston, ce ne fut pas nécessaire, puisqu’il est à Genève. Et comme ce jeune homme doué ne cesse de se faire un nom et une place de plus en plus conséquente dans le stand up et qu’il a en plus reçu cette année le prix SSA de l’humour 2020 du Nouveau talent, il devenait le client idéal pour une nouvelle interview cash. Dans la foulée de son portrait réalisé dans le print le mois passé, j’ai donc pris quelques minutes pour lui poser des questions plus insolites et faire le lien avec la précédente interview de ce format, qui remonte (déjà) à décembre 2019. Et si vous voulez le voir sur scène, vous n’aurez pas trop à attendre puisqu’il joue son spectacle, Homme moderne, demain soir au Caustic Comedy Club de Carouge. Son bonheur, c’est la scène, il me l’avait dit. Thibaud en est la preuve incarnée.

    Ton spectacle s’appelle Homme moderne. Mais en quoi es-tu moderne ?

    Je suis né en 1996. Et on est toujours le fruit de la génération à laquelle on appartient. Ce que je veux dire, c’est que dans dix ans, je ne serai plus moderne. Là où je suis né, par exemple, les questions écologiques m’ont énormément influencé. Je fais aussi partie de la première génération qui a grandi avec le net.

    A contrario, en quoi n’es-tu pas moderne ?

    Parce que j’utilise le mot trublion et que j’aime bien ça. Tout à l’heure, tu m’as dit que le terme était un peu démodé (il fait référence au début de l’interview / lire TdG du 4 juin) quand je t’ai dit que je me considère comme un trublion.

    Le mot est un peu désuet, oui.

    Alors oui, il y a pas mal de choses démodées que j’aime bien, comme la vieille poésie, le théâtre des siècles précédents.

    Est-ce que tu n’as pas peur, comme tous les gens a priori timides, d’avoir un jour la grosse tête ?

    J’ai toujours peur de l’avoir mais je ne suis pas du tout sûr que cela arrivera. Je me détesterais si un jour j’avais la grosse tête. Mais il ne faut pas la confondre non plus avec la fausse humilité. J’ai des facilités scéniques mais je sais rester humble. Et question timidité, je suis toujours plus à l’aise dans les grands groupes.

    Comment se comporte cette nouvelle génération d’humoristes dont tu fais partie ? Vous êtes plutôt bande de potes ou chacun pour soi ?

    Il n’y a pas de concurrence et nous sommes tous assez proches. Nous sommes tous dans ce milieu depuis assez longtemps. Je dirais qu’il y a une sorte de bienveillance entre nous. De la jalousie, il y en a aussi, forcément. Je dirais même que c’est normal. Mais je suis assez détendu par rapport à tout cela. De toute façon, dans le stand up, je pense qu’il y a encore un vrai public à aller chercher.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit en l’occurrence d’Ariane Ascaride. Sa question : quel est le dernier livre que tu as lu ?

    Généralement, je ne lis pas. C’était Le Dindon de Feydeau, que j’ai retrouvé ces jours dans mon armoire.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Préfères-tu être confiné toute ta vie au même endroit ou être obligé de te rendre chaque jour dans un nouvel endroit ?

    Si je devais réaliser une web série, pour quelle raison accepterais-tu d’y jouer ?

    Comme je n’ai jamais tourné, cela me ferait sortir de ma zone de confort. Et bosser pour d’autres gens, cela me ferait peur tout en étant stimulant.

    A l’inverse, pour quelle raison refuserais-tu d’y jouer ?

    Parce que je veux faire du stand up et qu’une série, ce n’est pas fait pour être sur le web. Mais dans le fond, ce serait plus peut-être que non, là.

     

    Remerciements à Magali Girardin, qui m’a aimablement autorisé à utiliser l’une de ses photos.

    Lien permanent Catégories : Interviews cash 0 commentaire
  • Ils nous ont quittés en mai 2020

    Imprimer Pin it!

    piccoli.jpgLes interviews deviennent souvenirs, les rencontres s’écrivent au passé. C’est le sentiment que j’éprouve chaque fois que décède un artiste que j’avais rencontré, avec lequel j’avais échangé, l’espace d’un instant, vingt minutes, une demi-heure, parfois plus, rarement moins. Ce fut le cas avec Michel Piccoli. Avec Guy Bedos, plusieurs fois. Mais au moment de rédiger leur nécrologie, tout cela n’apporte aucune valeur ajoutée. Cela renforce juste un certain malaise, celui de survivre dans un espace où un partage avait été possible. Entretiens promotionnels, presque jamais personnels, sauf dans la mesure où s’en échappent quelques notations sur l’air du temps et la vie, questionnements sur une œuvre publique, nécessairement publique – les films, aussitôt terminés, ne leur appartenant plus, pas plus qu’à nous. Piccoli et Bedos avaient en commun l’art d’oser. Le courage d’une certaine subversion. Un mépris souverain de la bien-pensance. L’audace de la jeunesse éternelle. L’humour des poètes. Une folie qui ne demandait qu’à être canalisée. Leurs différences étaient tout aussi nombreuses. Bedos était à la fois l’héritier d’un certain comique-troupier et le caricaturiste d’une France rance et réac. Piccoli combinait l’exigence avec la rigueur de l’artiste esthète, quitte à s’enfermer dans des univers autarciques. Il avait une conception radicale du jeu, de la parole, de l’immersion. Sa modernité était fluide. Tous deux font partie des disparus du mois de mai, dont voici la liste non exhaustive, avec une mention particulière pour mon amie Francine Brücher (photo 3), dont le départ enténèbre douloureusement le cinéma suisse.

    bedos.jpg

    Guy BEDOS, humoriste et acteur français (15 juin 1934 – 28 mai 2020).

    Francine BRUCHER, promotrice du cinéma suisse (1943 - 6 mai 2020).

    Daniel CAUCHY, acteur français (13 mars 1930 – 7 mai 2020).

    CHRISTO, artiste américain (13 juin 1935 – 31 mai 2020).

    Renée CLAUDE, chanteuse québécoise (3 juillet 1939 – 12 mai 2020).

    Jean-Loup DABADIE, scénariste et parolier français (27 septembre 1938 – 24 mai 2020).

    John ERICSON, acteur germano-américain (25 septembre 1926 – 3 mai 2020).

    Dave GREENFIELD, musicien américain, ex-The Stranglers (29 mars 1949 – 3 mai 2020).

    IDIR, auteur-compositeur-interprète algérien (25 octobre 1949 – 2 mai 2020).

    Mory KANTE, chanteur guinéen (29 mars 1950 – 22 mai 2020).

    Lise LACHENAL, comédienne suisse (1939 ? - 19 mai 2020).

    Moon MARTIN, chanteur américain (31 octobre 1950 – 11 mai 2020).

    Monique MERCURE, actrice canadienne (14 novembre 1930 – 17 mai 2020).

    Mady MESPLE, cantatrice française (7 mars 1931 – 30 mai 2020).

    Phil MAY, chanteur britannique, ex-The Pretty Things (9 novembre 1944 – 15 mai 2020).

    Michel PICCOLI, acteur français (27 décembre 1925 – 12 mai 2020).

    Little RICHARD, auteur-compositeur-interprète américain (5 décembre 1932 – 9 mai 2020).

    Lynn SHELTON, réalisatrice américaine (27 août 1965 – 16 mai 2020).

    Fred WILLARD, acteur américain (18 septembre 1933 – 15 mai 2020).

    brucher.jpg

  • Ils nous ont quittés en avril 2020

    Imprimer Pin it!

    christophe.jpg«Mais peut-être un beau jour voudras-tu

    Retrouver avec moi

    Les paradis perdus ?»

    L’interprète de cette merveille nous a quittés le 16 avril, nous laissant inconsolables, démunis, au seuil du vide. De tous les héritiers des années 60, de tous les survivants de cette première vague de chanteurs pop français, l’auteur d’«Aline» défiait le temps, déroulait les nuits blanches pour mieux créer. Parce que la nuit nous enveloppe, sans doute, parce qu’il s’y sentait mieux que le jour, peut-être. Dans un mois d’avril plus triste qu’un enfer ouaté, les disparitions ont été nombreuses. Pur hasard, sans doute, et c’est ce que je veux croire. Le cinéaste romand Francis Reusser (2), qui lui aussi défiait à sa manière les années, fait partie du voyage. Tout comme le grand comédien Brian Dennehy (3). Ils ne sont pas les seuls, comme en témoigne cette liste mensuelle mais non exhaustive des disparus du cinéma et de la culture.

     

    Maurice BARRIER, acteur français (8 juin 1932 – 12 avril 2020).

    Honor BLACKMAN, actrice britannique (22 août 1925 – 5 avril 2020).

    Hamilton BOHANNON, musicien américain (7 mars 1942 – 24 avril 2020).

    CHRISTOPHE, auteur-compositeur et chanteur français (13 octobre 1945 – 16 avril 2020).

    Jean-Laurent COCHET, metteur en scène français (28 janvier 1935 – 7 avril 2020).

    Michel DARBELLAY, photographe suisse (1936 - avril 2020).

    Brian DENNEHY, acteur américain (9 juillet 1938 – 15 avril 2020).

    Lucie DOLENE, chanteuse française (17 juin 1931 – 9 avril 2020).

    James DRURY, acteur américain (18 avril 1934 – 6 avril 2020).

    Claude EVRARD, acteur français (29 juillet 1933 – 20 avril 2020).

    Madeleine FISCHER, actrice suisse (12 novembre 1935 – 8 avril 2020).

    Allen GARFIELD, acteur américain (22 novembre 1939 – 7 avril 2020).

    Shirley KNIGHT, actrice américaine (5 juillet 1936 – 22 avril 2020).

    Irfan KHAN, acteur indien (7 janvier 1967 – 29 avril 2020).

    John LAFIA, réalisateur américain (2 avril 1957 – 29 avril 2020).

    Sam LLOYD, acteur et chanteur américain (12 novembre 1963 – 30 avril 2020).

    Patricia MILLARDET, actrice française (24 mars 1957 – 13 avril 2020).

    Philippe NAHON, acteur français (24 décembre 1938 – 19 avril 2020).

    George OGILVIE, réalisateur australien (5 mars 1931 – 5 avril 2020).

    Markus RAETZ, peintre et photographe suisse (6 juin 1941 – 14 avril 2020).

    Francis REUSSER, réalisateur suisse (1er décembre 1942 – 10 avril 2020).

    Jacques ROSNY, comédien français (25 mars 1939 – 18 avril 2020).

    Florian SCHNEIDER, musicien allemand, fondateur de Kraftwerk (7 avril 1947 – 21 avril 2020).

    Luis SEPULVEDA, écrivain chilien (4 octobre 1949 – 16 avril 2020).

    reusser.jpg

    dennehy.jpg