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  • Aurélie Saada: "Je suis très louve, je délègue peu"

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    saada.jpgLe public la connaît surtout comme l'une des Brigitte, duo musical qu'elle formait avec Sylvie Hoarau - duo qui s'est séparé en février de cette année. Mais Aurélie Saada a plus d'un tour dans son sac. La voici réalisatrice d'un portrait de femme incroyablement tonique et bienvenu. "Rose", titre du film et prénom du personnage, donne l'occasion à Françoise Fabian (88 ans) de montrer que le cinéma français peut encore compter sur elle. Cette veuve qui s'émancipe et reprend goût à la vie contre l'avis de ses enfants, on l'a instantanément adoptée. Quant à Aurélie Saada, on la retrouve pour une nouvelle interview cash.

    C'est en regardant le générique de fin de "Rose" que j'ai vu que tu interprétais plusieurs des chansons du film, notamment ce standard qu'est "Bei mir bist du schoen". Et c'est à ce moment seulement que je me suis rendu compte que tu étais l'une des Brigitte. Tu avais dès le départ l'intention de chanter dans ton film?

    Non, et je me suis même dit que je ne ferais pas la musique. Et puis le problème, c'est que je suis très louve. J'ai besoin de m'occuper de tout. Je délègue très peu. D'où ma décision. Et puis cela me permettait de chanter en yiddish, en arabe, en hébreu. Mais bizarrement, ce ne fut pas là le plus facile pour moi.

    Vas-tu continuer à chanter et faire des films?

    Les deux, oui. J'aime raconter des histoires et y glisser des chansons. Cette histoire-là correspondait à un long-métrage. De toute façon, j'adore les défis, les challenges.

    "Rose" en représentait un?

    Totalement. J'avais l'impression d'être un capitaine de bateau. Le tournage a été compliqué avec des séquences de repas, de chants, de danses, des dizaines d'acteurs et de figurants, tout cela en plein Covid. Mais tout le monde était en confiance et moi aussi.

    L'habitude de la scène t'a t'elle mis en confiance par rapport aux plateaux de tournage?

    C'est possible. Il nous est arrivé de faire des scènes devant 40'000 personnes. Cela désinhibe, on ose ensuite davantage.

    Qui est Rose, pour toi?

    C'est moi. A 30 ans, j'ai cru que j'étais vieille et je ne soupçonnais pas que la vie pouvait reprendre le dessus. Je suis une battante. Joyeuse toujours, heureuse pas forcément. Mais Rose, c'est aussi ma mère, mes grands-mères.

    En parcourant ta bio, on voit bien que tu sais faire énormément de choses. Qu'est-ce que tu ne sais pas faire?

    Du surf, du patin à roulettes. Et je n'ai pas mon permis de conduire. Mais en revanche, je cuisine bien.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la cinéaste Axelle Ropert. Est-ce que tu peux me décrire un mouvement de caméra ou une scène que tu as adoré dans un film récent?

    Ce n'est pas récent, mais dans "Barry Lyndon" de Kubrick, film qui a en partie déterminé mon envie de faire du cinéma, tout est extrêmement cadré. Sauf au moment du suicide de l'héroïne où on passe caméra à l'épaule.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Quelle est ton anti-héroïne préférée?

     

  • Axelle Ropert: "Faire de la critique dessert quand on passe à la réalisation"

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    ropert.jpg"Petite Solange", exquis portrait d'une douce et tendre adolescente en souffrance lorsque ses parents se séparent, a été très apprécié à Locarno et nous aurons bien évidemment l'occasion d'en reparler à sa sortie, notamment dans le print. Mais en attendant, on retrouve sa réalisatrice, Axelle Ropert, pour une interview cash où on a exclusivement parlé de cinéma.

    Rares sont les cinéastes à être venu.e.s deux fois en compétition à Locarno. C'est ton cas. Espères-tu quelque chose?

    Je n'espère jamais de prix, en tout cas. Je ne ferai jamais de films dans ce but. Cela donne des oeuvres qui ont l'air de courir après quelque chose. J'ai surtout envie qu'on reconnaisse ma mise en scène. Locarno est un festival que j'aime beaucoup, car on y parle de cinéma et le public inclut de nombreux spectateurs normaux, pas seulement des professionnels.

    "Petite Solange" prend à contrepied les portraits d'ados qu'on voit généralement au cinéma aujourd'hui. Etait-ce ta volonté?

    J'adore les ados rebelles au cinéma, par exemple dans les films de Brisseau. En revanche, j'en ai un peu marre de ce cinéma naturaliste où l'on voit des ados taiseux et frustrés. Je n'aime pas que les personnages des films ressemblent à des gens dans la vraie vie. J'ai besoin de caractères "bigger than life".

    Penses-tu que ton passé de critique de cinéma t'ait aidé à réaliser des films?

    Je faisais de la critique uniquement pour le plaisir. Pour "La Lettre du cinéma" et aux "Inrocks". Mais cela n'aide pas du tout, cela te charge surtout négativement. Surtout quand on est une femme. On m'a traitée de bas-bleu, il y avait une méfiance envers moi qu'il a fallu casser. 

    Quel cinéma aimes-tu?

    Je suis très cinéma classique hollywoodien, Hawks, Minnelli, Ford. Mais j'aime aussi la Nouvelle Vague. Et pour "Petite Solange", je me suis imprégnée de "L'Incompris" de Comencini.

    Est-ce que comme beaucoup de gens, tu n'aimes pas trop le cinéma français?

    Au contraire, je l'adore. Mais je sais qu'il est de bon ton d'en dire du mal. La seule chose qui me déplaît, ce sont les acteurs caractériels.

    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?

    Retournez au cinéma. C'est l'art du XXIe siècle. Et il ne peut pas exister ni tenir sans public.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s'agit du cinéaste tessinois Niccolò Castelli. Est-ce qu'il t'est déjà arrivé, par exemple dans un festival, d'être la seule à aimer un film contre l'avis de tout le monde? Et as-tu osé l'avouer?

    Alors oui, mais ce n'était pas dans un festival. Ou plutôt, je n'y étais pas présente. Pendant Cannes, le film de Ferrara sur DSK, "Welcome to New York", avait été présenté en marge de toutes les sections, créant l'événement en parallèle. Et tout le monde l'avait descendu. Alors que moi, je le trouve admirable. Pas du tout putassier comme on l'a prétendu.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu peux me décrire un mouvement de caméra ou une scène que tu as adoré dans un film récent?

  • Niccolò Castelli: "Les cinéastes devraient chercher de nouveaux visages"

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    castelli.jpgCe jeudi matin, Niccolò Castelli a présenté "Atlas" à Locarno, dans la section Panorama suisse. Le film avait précédemment fait l'ouverture des journées du cinéma suisse de Soleure, mais en ligne et sur leur site. C'était quand même la première fois qu'une production tessinoise ouvrait le festival soleurois. Singulière, ambitieuse, équilibrée, cette réalisation dévoile comment une jeune femme passionnée de varape réapprend à se confronter au réel après une attaque terroriste qui a coûté la vie à trois de ses amis. C'est avec plaisir que je retrouve le cinéaste tessinois durant sa projection, dont il s'éclipse quelques minutes pour répondre à mes questions.

    Quelle sensation éprouves-tu dans le fait de présenter "Atlas" dans la région où tu es né et dans laquelle tu as grandi?

    C'est assez fort. Je suis né à Lugano, j'y ai grandi et j'y vis. J'ai l'impression de montrer à ceux qui vivent dans la région quelque chose que j'ai un peu vécu et qui a été tourné dans des lieux que je connais bien. Cela augmente à la fois le plaisir et la pression. A cela s'ajoute le fait que c'est la première fois que mon film est projeté sur un grand écran. Il a fait l'ouverture des Journées de Soleure, mais ce n'était pas en présentiel.

    Est-ce que cela te rend nerveux de le dévoiler ici?

    Quand j'ai vu la file d'attente en dehors du FEVI, oui. 

    A quoi correspond "Atlas", pour toi?

    Il fait référence à un passage de ma vie. Ce moment où j'ai compris que je pouvais être plus libre à condition de mieux communiquer avec les autres. C'est exactement ce qu'éprouve la protagoniste du film. Elle croit être libre mais réalise que la liberté, c'est autre chose. 

    Quand l'as-tu tourné?

    Une partie durant l'hiver 2018, l'autre en automne 2019. La post-production s'est faite pendant le Covid et avant Soleure. Le montage était presque fini en septembre 2020.

    Ton visage m'est familier, on a dû se croiser souvent ici. Depuis combien de temps viens-tu au festival?

    C'est ma 21e fois au Locarno Film Festival. En 2012, mon premier long-métrage, "Tutti giù", figurait en compétition aux Cinéastes du présent. Et oui, je te connaissais aussi de vue.

    Es-tu quelqu'un d'ambitieux?

    En un sens, oui, mais à présent, j'aurais très envie de faire un plus petit film afin que le processus de financement soit accéléré. Quelque chose avec moins d'acteurs, moins de lieux de tournage.

    Tu trouves aussi que les acteurs connus sont vraiment trop chers?

    Je n'ai de toute façon pas les productions pour des acteurs de cette catégorie. Je pense que tous les cinéastes, y compris moi-même, devraient faire des efforts et avoir le courage de trouver de nouveaux visages. 

    Penses-tu continuer ta carrière au Tessin?

    Le lieu est si particulier. C'est à la fois la Suisse et la Méditerranée. Ainsi qu'un lieu d'immigration. Au niveau carrière, je compte aussi travailler ailleurs en Europe. Je suis quelqu'un qui adore voyager et j'ai bien envie de connaître d'autres productions, d'élargir ma vision.

    Entre "Tutti giù" et "Atlas", il s'est écoulé presque dix ans. Même si tu as fait des tas d'autres choses dans l'intervalle, cela reste très long.

    C'est vrai que c'était très lent, presque frustrant. Avec davantage d'argent, cela aurait sans doute pris moins de temps.

    Tu as également des fonctions dans différentes commissions, non?

    Oui, je suis directeur de la Ticino Film Commission, je suis dans le comité de l'ARF (ndla: association des scénaristes, réalisateurs, producteurs auteurs et réalisateurs suisses de films et de scénarios) et dans celuis de Suissimage.

    Pourquoi toutes ces fonctions, dans le fond?

    Je donne toujours l'exemple de la voiture. J'aime la conduire mais également la construire. Et puis pour sortir de notre province, il est bon d'échanger avec le reste de la Suisse. J'ai foi dans notre culture nationale.

    "Atlas" sortira-t-il en salles?

    Normalement oui. Mais il y a tant de films en octobre, à la date que nous voulions choisir.

    Quelle serait en quelques mots ta principale qualité?

    J'arrive parfaitement à obtenir ce que je veux des personnes avec lesquelles je collabore.

    Et ton plus grand défaut?

    J'en ai plein. Mais je réponds en général trop vite. Je devrais parfois davantage réfléchir. 

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir à qui il s’adresserait. Il s'agit de Giona A. Nazzaro. Combien de fois tu changes de brosse à dents dans un mois?

    Je ne sais pas mais j'ai découvert récemment les brosses à dents écologiques. Elles sont en bois. J'en ai acheté beaucoup.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce qu'il t'est déjà arrivé, par exemple dans un festival, d'être le seul ou la seule à aimer un film contre l'avis de tout le monde? Et as-tu osé l'avouer?